Conférence du GRL : découvrez les archives du graff !

Le graffiti a la particularité d’être un mouvement documenté depuis son origine (début des années 70). Avec un peu de volonté un passionné peut découvrir le premier tag de taki182, ou les dernières réalisations d’un collectif qui œuvre sur sa ligne de métro.

Les motivations qui ont permis la création des bases de données sont néanmoins bien diverses. Rencart vous livre son analyse de la conférence « Documenter le graff : nécessité et risques » organisée par le Graffiti Research Lab (GRL) à la Gaieté lyrique.

Archiver pour obtenir réparation

Personnage principal de la conférence, Emmanuelle Oster  est commissaire de police, responsable de la brigade des réseaux ferrés dont fait partie la fameuse  « brigade anti-tag ». Elle nous a décrit le quotidien de ce département « unique en France ».

Seulement 5 experts passionnés tiennent le bureau anciennement situé Gare Du Nord (ndlr : d’où leur surnom de GDN donné par les tagueurs). Ils reçoivent les plaintes quotidiennes des acteurs privés du secteur des transports (RATP, SCNF) qui viennent obtenir réparation pour les dégradations vandales[1] opérées sur leur matériel. La brigade photographie, examine, détermine l’auteur du tag et l’ajoute à son dossier. La GDN constitue ainsi de véritables œuvres complètes des vandales. Chacune des photos est assortie d’un devis de réparation du matériel et d’une évaluation du préjudice à l’image de son possesseur.

Les devis s’ajoutent et mènent parfois à des arrestations spectaculaires : pas moins de 56 tagueurs avaient été interpellés au procès de Versailles.

Archiver pour stimuler la création

A l’opposé de cette démarche (et pourtant juste à côté dans la salle) se trouvent Jérôme Saint-Clair, fondateur du Graffiti Research Lab France (GRL) , Thomas L.J Schmitt, secrétaire de l’association LE M.U.R (Modulable Urbain Réactif) et Jean-Pierre Moineau, adjoint au maire de la ville de Vitry-sur-Seine.

Le GRL a développé un format de fichier spécifique (le GML) qui permet d’enregistrer en 3D l’écriture d’un tag (plus d’infos ici). Le GML est à l’origine de nombreux autres outils open source (impression, lightgraff) destinés aux « vandales de demain ».

La nouvelle version du site Le M.U.R disponible justement ce jour-là, recense quant à elle, toutes les œuvres de l’association. Un véritable portfolio numérique dont la moitié des artistes sont français.

Enfin, la ville de Vitry sous l’initiative de son maire et de C215 ambitionne d’être la nouvelle capitale du Street Art. Les murs sont laissés libres dans l’objectif, assumé, de développer le tourisme culturel. Un premier livre d’archives est sorti, un second est en cours de rédaction.

Ces trois initiatives partagent le même but de sauvegarde et de partage de l’art du graffiti.

Des démarches incompatibles ?

Un point souvent évoqué lors de la conférence fut la relation des policiers de la GDN au tag : curiosité, envie, respect ? Une question est enfin venue rompre ce non-dit : la brigade anti-tag n’est-elle constituée que de tagueurs frustrés ?

Selon Karim Boukercha, la brigade n’agit que par attrait pour le défi intellectuel.  L’auteur de Descente interdite (Éditions Alternatives 2011), a en effet rencontré tous les membres successifs de cette brigade pour présenter, dans son livre, 10 ans de « vandale » dans le métro parisien.

Le mot de la fin ?

Quelles soient répressives ou laudatives la constitution d’archives est toujours le fait de passionnés. La documentation du graffiti est à l’image du graffiti lui-même : un mouvement qui dérange, interroge et fascine.

Symbole hilarant de cette dichotomie, une photo tirée de Descente interdite. On y aperçoit des policiers venus constater un tag sur un RER, tandis qu’au même moment et de l’autre côté de la voie les graffeurs sont venus prendre la photo de leur œuvre.

Crédits photo : samdeli et Jose Mesa sous licence CC


[1] Vandalisme : dégradation d’un bien d’utilité publique dans une enceinte protégée

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