Rencart interview Kashink pour le Dandyblog

Le dandy blog continue son exploration de l’art urbain accompagné par l’agence Rencart. Aujourd’hui, rencontre avec KASHINK, une artiste montante qui ne mâche pas ses mots !

Quel est l’origine de votre blaze ? Pouvez-vous nous expliquer le concept KASHINK ?

KASHINK c’est une onomatopée (comme BANG, BOOM, etc.). Quand j’étais ado j’aimais bien lire des  comic books américains et je me souviens d’y avoir lu ce mot un jour. Je sais plus dans lequel exactement mais je me souviens que ce mot m’avait marqué, parce qu’il sonnait bien. Je l’ai gardé dans un coin de ma tête et petit à petit je me suis mise à signer avec, jusqu’à me l’approprier en tant que blaze dans la rue.

Le concept est d’avoir un nom sans connotation de  genre particulier. C’était aussi une manière de me différencier des autres artistes femmes dans le milieu street art/graffiti, où il y a beaucoup de Miss truc, Lady machin, etc. Mon style de peinture s’est assez vite inspiré de cette idée d’ailleurs, puisque j’ai choisi de ne peindre que des hommes ou des personnages sans genre particulier. L’idée est de proposer une autre alternative, s’affranchir des codes et des modèles pré-établis.


50 cakes of gay

Quel a été votre parcours avant d’être artiste ?

Je n’ai pas fait d’études d’art, je voulais faire un métier manuel à la base mais mes parents m’ont mis la pression pour que je fasse des études. J’ai bossé dans divers tafs mais j’avais l’impression de ne pas être à ma place, j’avais envie d’un métier manuel, d’être dehors, de pouvoir exprimer ma créativité. J’étais frustrée de devoir me plier aux horaires, à la hiérarchie… J’ai fini par me barrer de mon taf de bureau que j’avais depuis 4 ans pour faire une formation de peintre en décors. J’avais envie de peindre tout le temps, je peignais déjà pas mal dehors à l’époque, mais je ne me faisais aucune illusion sur la vie d’artiste. J’imaginais même pas pouvoir vivre de mon art un jour. J’ai bossé pour des décors de ciné, à l’Opéra aussi, pour des particuliers et des monuments historiques, c’est vraiment formateur. A côté de ça j’ai continué à peindre dans la rue et petit à petit mon activité artistique a pris le dessus.

Rencart interview kashink

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

J’ai toujours aimé la BD et les arts graphiques, ça m’a permis de progresser en dessin aussi. Je me tiens au courant de ce qui sort de nouveau, j’aime bien m’intéresser aux autres artistes en général. Mais j’ai aussi une grande admiration pour des peintres plus « classiques » et je quand j’ai découvert les portraits de Frida Kahlo à mon adolescence j’ai pris une bonne claque. J’adore aussi le travail de Botero, je me suis rendu compte que j’avais déjà flashé sur ses sculptures quand j’étais gamine c’est peut-être à cause de ça que je peins des mecs gros maintenant… Sinon le travail de Leigh Bowery qui m’inspire pas mal, et le concept de performance à la Gilbert & Georges, j’adore ces mecs.

Quels messages souhaitez-vous faire passer au travers des œuvres ?

Le street art est un bon moyen de faire partager ses idées avec le plus grand nombre. Quand je choisis de ne pas peindre de femmes, c’est déjà un peu un acte militant. C’est beaucoup plus facile de vendre une image d’une belle nana à poil ! Petit à petit j’ai mis mes personnages en scène en incluant une petite phrase dans mes peintures, comme si le mec parlait ou pensait un truc. Du coup ça permet de proposer des situations inattendues, par exemple des mecs gros, poilus et tatoués qui téléphonent à leur mère, qui tombent amoureux, qui expriment leur peur ou leur joie. Encore une fois, c’est une manière de casser les codes.

Kashink Street Art

 C’est comme ça que je me suis mis à aborder le thème de l’homosexualité. J’ai peint pas mal de mecs dans des situations amoureuses gay et j’ai fait une expo solo en 2011 que j’avais appelée « GAYFFITI ». C’est un sujet qui est très rarement abordé dans le street art et encore moins dans le graffiti. Depuis, avec le débat sur le mariage pour tous, j’ai commencé à peindre des gâteaux de mariages, c’est un projet que j’ai appelé « 50 cakes of gay ». Le premier c’était à Paris en décembre 2012, et ensuite j’ai pas mal voyagé en Europe et ailleurs, et j’en ai peint partout où je suis allée, en dernière date à Miami pour le Art Basel.

Kashink Interview

J’ai aussi commencé à peindre des portraits « sans genre » depuis que les manifs ont repris contre l’enseignement de la théorie du genre en France. Je vais régulièrement aux Etats Unis et on y enseigne depuis longtemps les Gender Studies, je trouve que c’est dommage qu’on soit si en retard en France, et surtout qu’il y ait autant de gens prêt à manifester pour que d’autres gens n’aient pas de droits. J’ai appelé le projet « Genre libre », oui j’aime bien les jeux de mots.

Fresque Kashink

Pourriez-vous nous parlez de vos derniers et futurs projets ?

En plus de ceux dont je viens de parler, il y a aussi les vanités, c’est un thème que j’ai déjà traité et qui me tient à cœur. C’est parti de mon attirance pour la culture mexicaine que j’ai découverte avec le travail de Frida Kahlo et aussi le folklore rockabilly. Les crânes décorés pour le jour des morts m’ont toujours plu, mais au-delà de ça c’est l’idée de penser que la mort n’est qu’un étape de la vie, que tout est éphémère et que beaucoup de choses de la vie sont absurdes. On considère la vieillesse comme une maladie, on ne veille plus nos défunts, la mort devenue un grand tabou dans notre culture.

Un dernier truc que je fais depuis longtemps, c’est coller dans la rue des petites têtes peintes à la main. Je les appelle les « Johns », c’est le nom le plus courant en anglais et facile à traduire : Jean en français, ça fait aussi « gens ». Bref, j’en ai fait pas mal et aussi dans plein de pays, et comme ils y a toujours une petite phrase qui les accompagne, j’essaie de l’écrire dans la langue du pays où je voyage. J’essaie une fois de plus de créer une situation inattendue et le questionnement des gens qui vont les voir : qu’est ce qu’il pense, pourquoi il dit ça, dans quelle situation il pourrait être ? C’est marrant d’imaginer les différentes interprétations de chacun.

Agence Street Art

 Avez-vous un projet dont vous êtes particulièrement fière ?

J’aime bien l’idée de développer un projet et de le nourrir, qu’il s’étoffe. Pour « 50 cakes of gay » au début je pensais que j’allais peindre 50 gâteaux et basta, que ce serait fini. Mais je me suis mise à en peindre beaucoup plus, aujourd’hui j’en suis à plus de 130 ! Et j’ai envie de continuer, tant que ça me plait. Le jour où j’en aurais marre je passerai à autre chose.

J’aime bien avoir plusieurs projets en même temps aussi, ça permet de ne pas rester focalisé sur une seule thématique sans arrêt.

Pourriez-vous nous décrire votre projet cakes of gay et votre travail pour David Lachapelle ?

J’ai rencontré David Lachapelle par hasard, par un pote de pote qui faisait des photos de lui. Je l’ai rejoint au studio de David, et j’avais mon book dans mon sac. Il fallait que je le sorte, sinon je m’en serais voulu toute ma vie. Bref, David a kiffé ce que je faisais et on a commencé à sympathiser, il m’a proposé de peindre les murs extérieurs de son studio, puis on fait quelques sorties dont une mémorable dans un club disco gay super retro en mode années 70, et il m’a hébergé chez lui au final!! C’est plus une rencontre humaine que professionnelle au final, ce mec est humble et super généreux.

Agence graffiti

Comment vous distinguez-vous des autres street artiste ?

Il n’y a pas beaucoup de femmes dans ce milieu, et encore moins qui peignent des murs vraiment géants. Mais j’aimerais bien qu’il y en ait plus ! Après c’est le fait que je peigne des personnages à 4 yeux, c’est facile à repérer. J’ai un petit coté « militant » aussi c’est pas très courant, par exemple je porte la moustache quasiment tous les jours c’est mon côté genre libre…

Portrait Kashink

Que pensez-vous des appellations street art et art urbain ?

Le terme « street art » est un peu flou a priori. Techniquement, si tu danses dans la rue tu fais du street art. On a rangé dans cette catégorie tout ce qui n’était pas du « graffiti » pur et dur, c’est à dire des lettres. Du coup dans le street art tu pourrais autant avoir des pochoirs que des mosaïques, des collages, des installations, etc. avec toutes les différentes techniques que ça englobe. Le but dans tous les cas et que ça soit compris par les gens qui passent, alors que le graffiti reste plus un truc d’initiés. Le terme « art urbain » a l’air de regrouper un peu tout ça sous une même appellation, ça me va.

Pouvez-vous nous raconter la réalisation d’une fresque (repérage, matériel, peinture, photo) ?

Je fonctionne toujours à l’instinct, j’aime pas trop préparer les choses. Donc que ce soit sur un mur autorisé ou pas, je ne sais jamais à l’avance ce que je vais faire exactement. J’ai une idée parfois mais si je prépare un croquis je finis toujours par faire autre chose… J’aime bien l’impro et la spontanéité.

Dandy blog et Rencart remercie Kashink d’avoir répondu à leurs questions et lui souhaitent plein de réussite pour ces nombreux projets !

Rencart est l’agence de communication par le street art. Découvrez en plus sur www.renc-art.fr

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